L'air se colore d'une douce nostalgie à la fin de l'été et on écoute le bruit des coquillages dans le bocal en verre en espérant se souvenir de celui des vagues pendant longtemps encore....J'ai gardé aussi dans mes souvenirs de vacances un peu  d'écume laissée par la mer sur le sable comme du papier déchiré où les vagues auraient écrit leurs secrets...Un jour je ferais un carnet de cette écume et j'essaierais d'y écrire ce que j'ai de plus précieux en moi...

Mais en attendant, je laisse la place à la plume de Colette qui parle si bien de la fin des vacances d'été dans "le blé en herbe"....

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"Phil rouvrit la porte vitrée,  la referma avec effort, fit tête au vent et tendit son front à la pluie fine, vannée par la tempête, la douce pluie marine un peu salée qui voyageait dans l’air comme une fumée. Il ramassa sur la terrasse les boules cloutées d’acier et le cochonnet de buis, abandonnés le matin, les tambourins et les balles de caoutchouc. Il rangea dans une resserre ces jouets qui ne l’amusaient plus, comme on range les pièces d’un déguisement qui doit servir longtemps. Derrière la fenêtre, les yeux de la Pervenche le suivaient, et les gouttes glissantes le long de la vitre semblaient ruisseler de ces yeux anxieux, d’un bleu qui ne dépendait ni de l’étain jaspé du ciel ni du plomb verdi de la mer. "

« Il essuya le sable de ses mains à une touffe de serpolet mouillé, chargée de fleurs et de petits frelons saisis par la pluie, qui attendaient, engourdis, le prochain rayon. »

" Elle le suivit sans mot dire, dans le sentier de la douane en corniche à flanc de falaise. Ils foulaient l’origan poivré et les derniers parfums du mélilot. Au-dessous d’eux, la mer claquait en drapeaux déchirés et léchait onctueusement les rocs. " 

" …Vinca  liait, d’une main patiente, les sandales par paires, et retournait les poches des sweaters usés, pleines de coquillages roses et d’hippocampes secs…

" Le soleil de septembre versa une jaune lumière nette et rajeunie sur la mer, bleue au loin, verdie au bord par les sables immergés. "

" L’odeur de l’automne, depuis quelques jours, se glissait, le matin, jusqu’à la mer. "

Colette "Le blé en herbe"

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Ces coquillages, ces chardons bleus des dunes et ces quelques morceaux de bois flottés m'aideront peut être àpenser comme Albert Camus qui disait:

"Au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été" Albert CAMUS