"L'arche dans la tempête" d'Elisabeth Goudge

l'arche dans la tempête

 

Le mot de l’éditeur

"Guernesey, 1888. Tous les vents marins semblent s’être donné rendez-vous le long des côtes emblématiques de l’île, là où s’accroche la vieille chaumière d’André du Frocq et de sa famille. Un lieu sauvage, miroir fidèle des sentiments de ceux qui l’habitent. Face aux assauts des éléments et aux difficultés financières, André pense quitter la ferme. Mais c’est sans compter l’attachement sans faille, presque viscéral, de sa femme Rachel pour cette terre : son havre de paix. Une nuit de tempête, un bateau fait naufrage au large de l’île, et la famille recueille, parmi les rescapés, Ranulph Mabier, un être plein de courage et d’amertume. De secrets aussi. Dès lors, la vie à la ferme change. L’espoir renaît. D’une plume sobre, pudique et raffinée, Elizabeth Goudge (1900-1984) nous offre une magnifique chronique familiale. Un premier roman écrit en 1934 où elle excelle dans l’art de faire vivre les paysages à l’unisson des êtres qui les hantent et qui n’existent que par eux."

 

Ce que je pense de ce livre et quelques extraits...

Un très beau roman d'Elisabeth GOUDGE. Sa plume sait se faire pinceau lorsqu'elle décrit les crépuscules ou les aurores. Son écriture délicate sait à merveille décrire les sentiments, les âmes et ce qu'elle appelle le paradoxe de la liberté que voit le marin en regardant la mer et qu'il perd finalement lorsqu'il monte en bateau où la discipline règne sur un espace très réduit.... Une ode à la vie, à la nature et à la liberté. Des personnages si attachants sans oublier les fées et les légendes qui ornent souvent la littérature anglaise... Un beau moment de vie partagé avec ces personnages dans cette île au gré de l'écriture élégante et limpide d'Elisabeth GOUDGE.

Yvonne

« Plus vous entassez de bonheur quelque part et plus vous faites paraître le malheur petit en comparaison. »

Le lever du jour...

 « L’étoile était encore là, au dessus de la mer, bien que le bleu foncé du ciel passât lentement au gris perle, strié de citron clair et de lavande. »

Le crépuscule...

« La chaleur disparaissait et le soir tombait. Une petite touffe de nuage, qui avait formé des entrelacs floconneux dans le ciel bleu, devenait rose à mesure que le soleil baissait, tandis qu’au-dessous d’eux la mer reflétant ce rose et ce bleu tournait au mauve…

Le rose et le bleu devenaient de plus en plus brillants et le reflet couleur de lavande fonçait au point de prendre la teinte d’un iris pourpre.

-La mer couleur de vin des anciens Grecs ! murmura Ranulph. »

 

«  Elle savait que les enfants – dont les ailes sont encore humides de la rosée céleste et dont les yeux ont encore la faculté de voir et les oreilles, celle d’entendre- passent par des voies particulières sans avoir  de mots pour raconter  leurs aventures. A l’âge où ils peuvent enfin s’exprimer et décrire  ce qu’ils voient, ils ont perdu leurs ailes et les anciens chemins leur sont fermés. Les grandes personnes n’ont plus rien à raconter, sauf des souvenirs, il ne leur reste que l’espoir tremblant de revenir, un jour, vers les sentiers de l’enfance. »

 

« C’est par un rouge gorge que le feu avait été introduit dans l’île : en traversant la mer avec une torche au bec, il s’était brûlé la poitrine mais avait poursuivi bravement son vol, petit oiseau souffrant perdu entre ciel et mer ; lorsqu’il avait abordé dans l’île, avec les plumes de sa gorge toute roussies , les autres oiseaux avaient éprouvé une si grande compassion que chacun d’eux lui avait offert une plume, à l’exception du hibou qui avait refusé, l’égoïste, si bien qu’il n’osait plus, désormais, se montrer dans l’île en plein jour. »

 

Elisabeth Goudge

"L'arche dans la tempête"